Le geste est, en quelque sorte, le langage universel par excellence, surtout quand la diversité des langues ne permet pas aux hommes de communiquer facilement entre eux. La langue des signes n'échappe d'ailleurs pas à cette diversité. Chaque pays, chaque région parfois, possède sa propre langue des signes.
Si au 17ème siècle, des prêtes considéraient l'éducation des sourds comme possible, ils étaient avant tout des précepteurs oralistes d'enfants sourds issus d'une classe sociale privilégiée. C'est en fait l'abbé Charles-Michel de l'Epée qui fondit la première classe publique gratuite ouverte à tous les sourds.
L'abbé de l'Epée (1712 - 1789) a étudié la théologie mais aussi le droit civil. Avocat au parlement de Paris, il s'est dévoué pour les pauvres et les indigents. C'est à l'occasion des cours qu'il dispensait à des étudiants entendants qu'il rencontra fortuitement deux sœurs sourdes et muettes. Il remarqua que les voies traditionnelles de l'enseignement étaient incompatibles avec leur handicap. L'abbé de l'Epée, bien qu'ignorant la langue des signes pratiquée à l'époque par la communauté des sourds parisiens, comprit très vite les enjeux de la langue gestuelle. Pour ce faire, il développa une langue gestuelle universelle ordonnée selon la syntaxe française.
Par l'instruction dispensée, l'abbé de l'Epée rendit ainsi à ses élèves sourds à la citoyenneté. Il a fallu toutefois attendre 1791 pour que l’assemblée nationale promulgue une loi permettant aux sourds de bénéficier des Droits de l’Homme…
C'est Roch Ambroise Auguste Bébian (1749 - 1834) qui instaura une éducation bilingue (langue des signes et français). Entendant, il pouvait, de cette manière, communiquer totalement dans la langue des signes. A la même époque, des maîtres sourds commencèrent également à enseigner. On pensait alors que le recours à la langue des signes était incontournable.
Hélas, en 1878, un mini-congrès d'entendants pro-oralistes se tient à Paris pour débattre de l'insertion des sourds dans la société. Ils décident de la tenue d'un congrès international sur le même thème : ce sera le Congrès de Milan (1880). On y trouve 162 congressistes entendants (majoritairement Français et Italiens) et deux personnes sourdes. Tous assistent à des démonstrations, toutes réussies, de l'éducation orale des sourds. Plus tard, de nombreux témoignages montreront que les jeux étaient soigneusement préparés d'avance. Le congrès se termine par un cri : "Vive la parole !" et par un vote unanime des délégués (à l'exception des Américains) pour l'interdiction des gestes dans l'éducation des sourds. Alors, durant cent ans, les sourds durent se cacher pour communiquer en signes, se transmettant illégalement une langue interdite dans toutes les écoles, dans tous les lieux d'instruction.
En effet, ce n'est qu'en 1903 que fut créé le premier centre de rééducation de l'ouïe avec enseignement de la lecture labiale. Il a fallu toutefois patienter encore cinquante ans pour que centre soit reconnu d'utilité publique pour la rééducation des enfants. A ce moment là, la majorité des sourds de France se trouve massivement et gravement sous-éduquée. Elle quitte l'école avec un niveau très bas.
En 1971, c'est lors du sixième Congrès de la Fédération Mondiale des Sourds que les entendants français, travaillant avec des sourds, prennent conscience de la richesse et de l'efficacité des traductions simultanées en langue des signes et apprécient le travail des interprètes suédois et américains.
Si, en 1977, le Ministère de la Santé lève légèrement l'interdit qui pèse sur la langue des signes, ce n'est qu'en 1991 que l'Assemblée Nationale accepte, par la loi Fabius, l'utilisation de la L.S .F. dans l'éducation des enfants sourds.
Les langues des signes
Les langues des signes sont des langues visuelles gestuelles. Une langue étant toujours associée à une culture, chaque pays a développé sa propre langue des signes.
Les signes de comportent cinq paramètres :
- Configuration (forme de la main),
- Emplacement de la main,
- Orientation de la main,
- Mouvement,
- Expression du visage.
La durée de temps s'exprime en utilisant une ligne horizontale perpendiculaire au corps. Le passé s'indique derrière le corps et le futur, devant.
Le locuteur effectue une sorte de mise en scène : les personnages, les choses tout comme les événements du discours, sont représentés dans l'espace du signeur. On place d'abord le décor, puis les accessoires et les personnages, et enfin l'action. L'ordre des signes dans l'énoncé (dans le temps) est moins important que leur arrangement dans l'espace.
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